De stimulus à signe

Un stimulus qu’on ne peut ignorer, inhiber ou fuir devient un signe; il commence à être investi de sens parce qu’il dérange et intrigue le sujet qui en est affecté. Donc, il s’agit du réel. Il s’agit de la sémiose naturelle, ou de ce que Prodi a appelé les bases matérielles de la signification.

Mais s’il est stimulus, c’est dans la mesure où il comporte um excès par rapport à l’état énergétique du système qu’il stimule. Par conséquent, le modèle de Prodi où deux molécules s’assemblent sans reste n’est pas suffisant pour ce qui nous concerne au plan de la communication humaine. Dans le cas qui nous occupe, il y a stimulus, et possibilité de signe, quand il y a surplus au sein même d’une relation d’affinité. Deux molécules qui se reconnaissent ne sont pas un stimulus l’une pour l’autre et dans ce sens elles ne se font pas signe. Dans la situation humaine, c’est plus compliqué. L’inconscient en tant que tel ne fait pas signe non plus, mais il présente des stimuli qui affectent le moi; vu sous cet ancgle, il relèverait de la sémiose naturelle, bien que n’ayant rien de naturel. En tant que reste non symbolisé, il constitue , comme Freud l’écrivait dans sa « lettre 52 », un état anachronique. L’anachronisme ici, c’est la reprise de ce qui ressemble à la sémiose naturelle au cœur de la communication intersubjective dans la mesure où les stimuli qu’il engendre ne relèvent pas d’une intentionnalité. Mais nous verrons que ce n’est pas tout à fait ainsi.

Quand Freud pose que ce qui est bon est assimilé au moi et ne fait donc pas problème, cela veut dire aussi que, reconnu comme assimilable, il ne persiste pas en tant que signe, il n’apporte pas d’information supplémentaire sur le monde et ne dérange pas l’ordre interne du sujet que se l’assimile. Cependant la faim, par exemple, peut être telle que le souvenir de la chose bonne à manger donne à cette chose valeur de signe pour le futur, c.a.d. en prévision de quand la faim, stimulus non refoulable, se présentera à nouveau. C’est donc l’absence qui active la sémiose humaine du fait de la mémoire. La mémoire du besoin crée des signes là on il n’y aucune intentionnalité de communication.

La fleur fait-elle signe à l’abeille? Non, mais même si on ne lui reconnaît pas une intention, il reste qu’elle comporte une signification - ce serait là, je crois, la position de Prodi. Si on regarde plus en détail, la fleur ne « fait signe » qu’à une abeille qui cherche du pollen à ramener à la ruche (besoin, manque, mémoire). Nous sommes ici au niveau supra-moléculaire, où interviennent les tropismes. À ce niveau supra-moléculaire, ce qui fait signe doit dans tous les cas exciter un système de perception, c’est-à-dire un appareil tourné ver la reconnaissance d’une différence. Cet appareil, qu’est-il sinon l’histoire de signes anciens, c’est-à-dire de stimuli qui ont modifié la structure de l’organisme qui en est doté. Le modèle freudien des frayages est ici pertinent; c’est un modèle de l’originaire. Cela commence par la résistance des neurones imperméables ψ, devant lesquels sont situés des neurones perméables φ, c’est-à-dire, qui ne retiennent rien du passage de l’onde d’excitation. Ces neurones φ sont seulement sensibles. De sorte que, dans ce modèle théorique, ce sont les neurones ψ, au départ imperméables et devant donc être soumis à un excès, à un surplus d’excitation, qui donneront à φ la fonction qui va au-delà de la sensibilité pour devenir perception.

De la sémiose naturelle, se produisant au plan strictement matériel, nous sommes donc passés à la sémiose avec perception, qui engage aussi la mémoire. Pour que les signes, les indices et les icônes peircéens fonctionnent, il faut un sujet qui les reconnaisse, et qui soit donc doté de mémoire.

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